Road trip entre les préfectures de Tottori et Kyôto

Passer un weekend à Tottori, c’est passer un weekend entre montagnes et mer, dunes et rizières dans une des préfectures les moins peuplées du Japon. C’est justement ce désert humain qui fait de Tottori un endroit si attrayant. C’est une préfecture propice à un road-trip en voiture.  Ne manquez pas l’opportunité de faire un crochet par Ine no Funaya et ses maisons sur l’eau ou Amanohashidate et ses pins dans la préfecture de Kyôto.

En juillet 2016, j’ai eu l’occasion de passer un weekend sur les routes des préfectures de Tottori et Kyôto. Retour sur l’un de mes plus beaux souvenirs du Japon.

Mais quelle mouche nous a piqués d’aller se perdre dans la campagne japonaise ?!

Plus d’un an avant de venir au Japon j’avais vu cet endroit sur le blog Dozodomo. Cet endroit : Ine No  Funaya. J’avais trouvé cela tellement beau, je n’avais jamais pensé qu’un tel endroit puisse exister – quelle novice du Japon j’étais alors. Il fallait que je le voie de mes propres yeux. Je le notais dans ma « To visit list ». Une japonaise rencontrée à Hiroshima qui faisait le tour du Japon m’avait, elle, parlé de Tottori et ses dunes. Mais entre cours, mémoire de fin d’étude et stage, le temps commençait à manquer.

Une journée passée à la bibliothèque, la chaleur moite de l’été japonais, deux filles au bord du burnout toujours à l’affut des plus beaux spots photo. Il n’en fallait pas plus pour qu’un après-midi révision se transforme en opération « Ine et Tottori ». Après le programme des visites établi, il ne nous restait plus qu’à régler les aspects pratiques.

La check-list

Première étape : Trouver des compagnons de voyages

En voyant que le voyage en train revenait trop cher et qu’il nous serait difficile de se déplacer là-bas, on se décide à louer une voiture. Par soucis d’économie, ladite voiture devait être au maximum de sa capacité. Notre carnet de contact, Line et Facebook s’active. En quelques heures, on a trouvé nos compagnons de voyages. C’est ainsi que Nozomi, Jingu et Tim nous rejoignent pour former une équipe aux couleurs internationales (France, Japon, Australie, Corée du Sud).

Une équipe internationales : France, Japan, Corée du Sud et Australie
Une équipe internationales : France, Japan, Corée du Sud et Australie

Deuxième étape : Traduction du permis et location de voiture

Puisque le train est exclu, la voiture s’impose. Et pas de voiture sans permis. Si la conduite se fait à gauche au pays du soleil levant, il est plutôt facile pour les ressortissants français de conduire sur l’archipel. Il suffit de se rendre à l’organisme habilité (la JAF) et de payer 3000 yens pour obtenir une traduction de son permis. On jette quand même un œil au code de la route japonais, histoire de. Louer une voiture se révèle aussi extrêmement facile, aucune exigence à part celle de votre carte bleue. De plus, la conduite est très agréable au Japon.

Notre bolide se fait bichonner à la pompe à essence
Notre bolide se fait bichonner à la pompe à essence

Troisième étape : Trouver un logement.

La préfecture de Tottori est la préfecture la moins peuplée du Japon et cela se ressent sur les sites d’hébergement. AirBnB ne nous propose que peu de choix et quelque peu hors de nos moyens. Les Ryokan et Minshuku sont hors d’atteintes et les guesthouses sont introuvables. Pas de problème ! Qui dit « Eté » dit « camping ». On note quelques emplacements, prix et numéro de téléphone (le camping sauvage est bien entendu interdit au Japon). Puis Nozomi se charge de nous trouver du matériel de camping – a.k.a tentes et sacs de couchage.

Notre campement était beaucoup plus basique que ça
Notre campement était beaucoup plus basique que ça

Départ à 5 heures du matin sous la pluie battante

Une fois le planning des visites et les aspects pratiques réglés, nous étions fin prêts pour notre weekend à Tottori. Mais c’était sans compter sur l’été japonais connu pour sa chaleur, son humidité mais surtout ses nombreux typhons. L’un avait justement décidé de faire route sur le centre de Honshu. Hors, nous n’allions pas nous démonter pour autant. Après plusieurs jours, scotchés sur la météo à suivre la trajectoire dudit typhon, nous décidions de maintenir nos plans. C’est donc sous la pluie battante à 5h du matin que notre épopée commença.

Rizières en plateaux dans les montagnes de Tottori et eau pure

Nous passons les quatre heures suivantes à écouter notre compilation de musique – toute bonne excursion en voiture se doit d’avoir une playlist appropriée – avant d’atteindre les champs de riz en plateaux non loin de Tottori (la ville). On passe un petit moment à les chercher pour tomber sur un hôtel saisonnier fermé pour l’été. Le lieu ne nous convient que moyennement pour les photos mais on apprécie l’ambiance déserte de l’hôtel. Il faut dire que le temps n’est pas – encore – au rendez-vous.

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Sur le chemin de notre prochaine étape on voit un panneau que même Nozomi, japonaise, ne peut lire. Glace-Montagne-Vie-Eau ? Le sens de chaque idéogramme nous parvient mais une prononciation ne peut être décidée. Ah, les joies du japonais…

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Piqués par la curiosité, on suit la piste pour trouver un homme passant le temps seul dans sa cabane de montagne. Celui-ci ravit d’avoir des visiteurs nous fait gouter son eau de source.

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Tottori : L’ile aux cigales et marché de producteur

Après cette jolie rencontre, on redescend vers l’étang Koyama. C’était à l’origine une petite crique de la mer du Japon jusqu’à que les dépôts charriés par la rivière Sendai en fasse un étang.

L'étang Koyama
L’étang Koyama

Il y a sept ilots sur Koyama, dont le plus grand Aoshima qui abrite une centaine de chats ! Enfin, ça c’est ce que j’ai cru. Parce qu’Internet m’a trollé. Et Aoshima de Koyama n’est pas Aoshima des chats, qui se trouve, elle sur la mer intérieur de Seto. Cette Aoshima est plutôt l’ile aux cigales. Cigales qui font un vacarme tellement monstrueux qu’on ne s’entend même plus parler.

"Reste

On fait un tour mais nos estomacs commencent à crier famine. On reprend la voiture pour s’arrêter dans un marché de producteur près d’une plage. Les produits y sont délicieux – j’y déguste du Nattô de choix, miam miam – et moins cher qu’en ville. On goute aussi de nouveaux aliments inconnus mais c’est surtout la pastèque qui est mise à l’honneur. La grande gagnante du concours de la pastèque la plus grosse pèse presque 59kg. On achète nos casse-croutes puis on se rend à la plage pour pique-niquer.

Décoration de pastèques. Détective Conan à gauche et la mascotte de Tottori à droite.
Décoration de pastèques. Détective Conan à gauche et la mascotte de Tottori à droite.
59kg la bête
59kg la bête

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Face A

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Face B : Avec de jolies grimaces

Les fameuses Dunes de Tottori

A notre arrivée aux dunes Tottori en début d’après-midi, les nuages ont laissé place à un magnifique ciel bleu. Le soleil tape et il fait chaud, très chaud. Une fois en haut on est bien content de s’asseoir pour contempler la vue. D’ailleurs, j’ai vu une fille dans le sable en talon ! Aucun respect pour ses chaussures celle-là. La vue est superbe et se passe de mots. Je vous laisse apprécier par vous-mêmes.

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Cela nous suffit et on fera donc l’impasse sur le musée de sculptures de sable, de Sandboard, et la balade à dos de chameau – ou dromadaire. La vue et la trempette des pieds dans l’eau nous suffisent amplement. Finalement, il commence à se faire tard et notre camping se trouve encore à plus de deux heures de route.

On part ensuite en direction de notre camping dans la préfecture de Kyôto mais on décide quand même de chercher un autre endroit pour les champs de riz en plateaux. Je m’éclate à conduire dans les routes étroites et sinueuses fichée de ma serviette en mode vendeuse de ramen.

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Camping sur la plage

Finalement on arrive au camping Takashima vers 21h. La voiture avance lentement sur le chemin de terre plongé dans l’obscurité. On n’est pas vraiment sûr d’où l’on va mais on fait confiance au GPS – outil indispensable pour trouver sa destination au Japon. On s’inquiétait de ne pas avoir d’emplacement en arrivant aussi tard mais c’est plutôt la chance qui nous sourit. Il n’y a personne donc on n’aura pas à payer ni les 1000 yen de parking, ni les 1000 yen par personne pour l’emplacement.

Sur la plage attenante, la fête bat son plein mais la fatigue se fait sentir et l’entrée payante achève de nous démotiver. On se cherche donc un petit emplacement entre les tentes des fêtards et celles des ronfleurs et commençons notre installation à la lueur de la lune.

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Malgré les voisins un peu trop éméchés se baladant en tenue d’Adam, les moustiques et les puces de sables ce fut ma plus belle nuit au Japon. Je m’endormais en regardant les étoiles, bercée par le son des vagues – et des fêtards – non sans avoir crier un retentissant « urusai (vos gueules) » aux filles ayant trouvé la bonne idée de venir parler avec leur voix haut perchées à un mètre de notre tente.

Le réveil fut tout aussi magique. A 7h du matin, le calme était revenu sur la petite plage et l’on se rendit compte que l’on s’était installé sur un petit banc de sable entre deux bras de mer. A défaut de petit-déj, on s’offrit un petit bain de mer pour se réveiller, puis la douche se fit au tuyau d’arrosage à l’extérieur – il y avait effectivement des douches prévues au camping mais la légendaire propreté japonaise a quand même ses limites.

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La côte

On reprit ensuite la route. La côte de la mer japonaise est vraiment magnifique et je me suis éclaté à conduire sur ces routes coincées entre montagne et mer. Vous voyez le circuit Yoshi dans Mario Kart ? C’est exactement ça. On croisera aussi un singe en plein milieu d’un hameau qui a dû nous entendre tous les cinq hurler d’excitation avant de disparaitre dans le jardin d’une maison.

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Ine no Funaya

Après environ une heure de route et la visite d’une école abandonnée (les photos ici) nous arrivions enfin à Ine no Funaya, la petite Venise du Japon. Pourquoi la Venise du Japon ? Eh bien comme son nom l’indique les maisons y sont construites sur l’eau.

伊根: Ine 舟: bateau (fune, funa) 屋: maison (ya)
伊根: Ine
舟: bateau (fune, funa)
屋: maison (ya)

Ces Funaya se sont développés pendant l’ère Edo afin d’utiliser au maximum cette petite bande de terre coincée entre montagne et mer. Le village est composé de 230 Funaya dont certaines ont été transformées en restaurant ou bar offrant une superbe vue sur la crique.

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Les habitants des Funaya peuvent tout simplement garer leur bateau au rez-de-chaussée – ou plutôt rez-d’eau – de leur maison. « Mais et les tsunamis me diriez-vous ?! » La côte de la mer du Japon n’est pas sujette aux tsunamis et les mouvements de marées sont même très faibles au niveau de cette petite crique. Aucun risque d’avoir le premier étage de sa maison submergé par l’eau pendant son sommeil.

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Ine no Funaya est très petit, on en fait donc rapidement le tour. En parlant de tour, on peut aussi s’offrir un petit tour en bateau pour découvrir l’ensemble de la crique et donner à manger aux mouettes.

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Amanohashidate

S’en suit la dernière destination de notre road-trip dans l’arrière-pays japonais : Amanohashidate. Un lieu touristique bien connu qui fait partie des Trois Plus Beaux Paysages du Japon (日本三景) avec Miyajima et Matsushima, très souvent cités dans la littérature japonaise.

Amanohashidate : Le pont du paradis
Amanohashidate : Le pont du paradis
Les trois paysages du Japon
Les trois paysages du Japon

Amanohashidate, ou le pont du paradis, est une bande de sable de quelques kilomètres qui relie deux parties de la côte. Que ce soit la prise de photo depuis l’un des deux points vue ou la ballade sur le « pont » les deux méritent le coup d’œil.

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D’ailleurs, une fois sur Amanohashidate on se croirait presque dans les landes françaises, le sable et l’odeur de pin participant grandement à cette impression.

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Amanoshidate signa le clap de fin de notre épopée, nous n’avions plus le temps d’aller aux lacs de Mitaka car il nous fallait rentrer à Nagoya avant 20h et la route était longue. Ce sera donc pour une prochaine fois. Mais on rentrait le cœur léger et la tête remplie des bons souvenirs de notre weekend.

Le mot de la fin : pourquoi l’un de mes plus beaux souvenirs ?

Tout simplement un weekend loin des attractions touristiques, à faire de magnifiques découvertes au détour d’un chemin, à explorer des endroits abandonnés ou discuter avec des japonais de différents horizons. Bref, le vrai Japon loin des néons de Tokyo, des allées bondées de Dotonbori à Osaka, des temples Kyoto, il était là à nous attendre tout simplement…P1120381

 

 On a touché le paradis du doigt

L’itinéraire

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