J’ai grimpé le Mont-Fuji ! やった !

Celui qui gravit une fois le Mont-Fuji est un sage, celui qui le gravit deux fois est un fou.

Je ne sais pas qui a inventé ce proverbe mais je veux bien le croire. A l’heure où j’écris cet article, cela fait moins de 24 heures que je suis descendue du Mont-Fuji. Je n’en reviens toujours pas.

Comment j’ai fait pour gravir ce volcan haut de 3776 mètres ?

J’avais lu juste avant de partir un article de blog dont le titre était « Le Mont-Fuji, n’y allez pas ». Les principaux arguments de l’auteur étant qu’il y a trop de monde, que la nature n’y est pas jolie, que l’on est pas sûr de voir le lever de soleil et qu’il n’y a aucun sentiment d’accomplissement sachant que même des enfants de 10 ans ou des adultes de plus 60 ans le font. Mouais, je ne partage pas du tout cet avis.

Le premier jour de grimpe

On part à 9h du matin de la gare de Zushi (non loin de Kamakura) pour arriver vers 11h30 à la gare de Gotemba. De là on attend le bus de 12h45 qui nous déposera une heure plus tard à la 5e station du Mont-Fuji à 2000m d’altitude, départ du sentier Subashiri que nous allons emprunter. On a tout prévu: environ 1,5 litre d’eau par personne, des barres de céréales, des sandwichs, nos chaussures de marche, nos doudounes et kway, nos lampes frontales. Bref, on est fin prêtes et on s’attaque tout de suite aux choses sérieuses. On y va chacune à notre rythme et l’on s’attend à chaque refuge histoire de ne pas trop se perdre de vue. On en profite aussi pour s’échanger les encouragements nécessaires pour garder le moral.

Petit à petit la nature change. On commence dans la forêt avec un chemin plus rocheux mais plus on monte plus la végétation devient rare et l’on se rend compte que l’on est bel et bien sur un volcan. A environ 3000m la seule plante qui reste est un petit buisson à fleurs jaunes dont j’ignore le nom. Le sol devient aussi de plus en plus sablonneux à mesure qu’on avance.

Quand on atteint, à 18h15, notre refuge de la 8e station situé à 3350m d’altitude, après 4h30 de randonnée, c’est la délivrance. On était à bout de force et cela fait du bien de pouvoir enlever ses manteaux, ses chaussures et de se poser au chaud. Et dire que le plan initial était d’aller au sommet en une fois… On aurait jamais pu. Avant d’aller se coucher on échange quelques paroles avec d’autres randonneurs. C’est marrant de voir que certains qui sont partis en même temps que nous, que l’on a perdus de vue pendant la montée arrivent finalement au même endroit que nous.

Le lendemain matin dans la pénombre

Alors oui, monter le Mont-Fuji pour profiter du lever de soleil accompagné du lever de drapeau c’est une chose – qu’on aura d’ailleurs pas pu apprécier car le sommet était dans les nuages. Mais la montée dans la nuit révèle aussi quelques merveilles.

On repart le lendemain à 2h du matin dans la nuit noire mais avec un ciel dégagé. On peut donc recommencer notre calvaire sous un magnifique ciel étoilé et même voir quelques étoiles filantes. Les nuages au loin sont chargés et parfois des éclairs traversent le ciel. C’est tout simplement magnifique et on manque de trébucher à force de regarder en l’air plutôt que nos pieds. Aussi, quand on regarde le sentier en amont on peut voir les lampes frontales des randonneurs qui forment comme une guirlande de Nöel. Au final, je ne suis même pas déçue de ne pas avoir vu le soleil de lever.

Au moment où notre sentier rejoint celui le plus emprunté (Yoshida), on commence à se faufiler entre les randonneurs tant la foule est compacte et histoire d’avancer un peu plus vite. On entend aussi des voix crier en japonais de tous les côtés. Il s’agit des guides des tours organisés. Quand Alix me demande qu’est-ce qu’il disent, je lui répond qu’il demandent de ne pas jeter leurs ordures par terre. Bref, le japonais a besoin de rappeler les règles mais surtout de parler à son groupe pour le motiver.

Le sentiment d’accomplissement

Il est bien et bien là. Après 4h30 de montée, 1350 mètres de dénivelé la veille et 2h de montée, 400 mètres de dénivelé le lendemain. On arrive à 4h07 au sommet du Mont-Fuji à 3776m d’altitude – oui je vais le répéter encore et encore, c’est la première fois que je suis autant en hauteur sans être dans un avion.

On est crevées, on a froid, on a faim, on a soif, on manque d’oxygène et on a la nausée à cause de l’altitude, mais on est heureuses. Parce que mine de rien on a dépassé nos limites pour arriver jusqu’au bout. On a refusé de s’arrêter un peu plus bas pour le lever de soleil. On voulait arriver au sommet coûte que coûte. Sur le chemin, on se disait: «Qui a de nous trois a eu cette idée ? Vraiment, si un jour je vous dit que je veux refaire le Mont-Fuji empêchez-moi ».

Certes, on voit des enfants monter jusqu’à la 8e station mais je ne suis pas persuadée du bien fondé de la démarche des parents. J’ai vu un bout de chou de cinq ans, toujours en forme à 2h du matin et 3300 mètres d’altitude – chapeau – mais Camille en a vu un autre vomir sur les pieds de sa mère au même endroit.

Alors le Mont-Fuji, « une balade de santé ». Non je ne crois pas.

Les sentiers à emprunter pour éviter la foule

Il faut dire qu’on a pas non plus pris le chemin le plus simple. En effet, il y a quatre sentiers de randonnée pour monter au sommet qui sont chacun ouvert du 1 juillet au 10 septembre (pour cette année en tout cas mais c’est toujours plus ou moins les même dates):

  • Yoshida Trail 吉田口 – Kawaguchiko Trail 河口湖口 : Le sentier le plus facile et donc le plus emprunté avec environ 130 000 personnes par an. Départ à 2300m. Franchement, je déconseille car on risque de ne pas apprécier la randonnée à cause du monde.
  • Subashiri trail 須走口 : Surement le deuxième le plus facile d’accès et donc celui que nous avons emprunté. Il est beaucoup moins populaire avec environ 24000 personnes par an. Départ à 2000m.
  • Fujinomiya Trail 富士宮口 : Beaucoup plus difficile car le chemin est pentu et rocheux. Emprunté par environ 60000 personnes par an. Départ à 2400.
  • Gotemba Trail 御殿場口 : Encore un sentier peu populaire surement dû au fait qu’il n’y a presque pas de refuge. Départ à 1450m. Environ 15000 randonneurs par an.

Du coup, en tenant compte de notre niveau on a choisi le sentier Subashiri afin d’éviter les embouteillages et la foule du sentier Yoshida. Ce sentier devient surtout pentu à partir de la 7e station et rejoint le sentier Yoshida après la 8e station. A ce moment-là on peut se rendre compte compte à quel point le sentier Yoshida est bondé car il devient impossible d’avancer à son rythme. On fait quelques pas puis on s’arrête, et on repart etc.

Parce que je pouvais pas finir sans un petit concentré de conseil

Tout le monde en forme peut le faire. Peut-être mais il faut de la volonté et de la patience pour sûr. Un peu de préparation ne fera pas non plus de mal.

Trois façons de procéder pour arriver au sommet :

  • Commencer le matin et arriver en haut pour le coucher du soleil;
  • Commencer en début d’après-midi pour aller le plus haut possible et finir le lendemain matin pour admirer le lever du soleil;
  • Commencer en fin d’après-midi et arriver en haut pour le lever du soleil.

Au niveau de l’équipement, il faudra prévoir:

  • Des bonnes chaussures de marche;
  • Au moins un vêtement imperméable (poncho ou kway) car la météo change tout le temps;
  • Une polaire et un sous-vêtement technique pour contrer cette vilaine transpiration qui vous refroidit à chaque arrêt;
  • Chapeau et lunettes de soleil;
  • Vous apprécierez aussi d’avoir des gants et un bonnet une fois au sommet, ainsi que des vêtements de rechange;
  • Une lampe frontale si vous voulez faire la randonnée de nuit;
  • Des bâtons de randonnée peuvent être utiles;
  • Beaucoup beaucoup d’eau, sauf si vous préférez payer 100 yen les 10 cl d’eau;
  • Des barres de céréales;
  • Pas la peine de prendre un sac de couchage car ils sont fournis dans les refuges (environ 6000 yen);
  • Pour la nourriture vous pouvez soit emporter votre pique-nique, soit payer un repas en refuge (environ 2000 yen);

En gros, pas besoin d’être sur-équipé à la japonaise –ils emportent même leurs cannettes d’oxygène– mais simplement d’avoir l’équipement adapté.

Et pour finir un site en anglais avec pleins d’infos sur comment se rendre au Mont-Fuji etc.

J’ai lu quelque part un autre proverbe qui dit qu’on devient japonais quand on a gravit le Mont-Fuji. Je sais pas si c’est vrai mais en tout cas cela faisait du bien de se trouver sur le toit du Japon et de retour à la maison je n’ai jamais autant apprécié une douche chaude de ma vie.

 

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