Vieux routard 2.0 à la découverte du Japon

Le Japon, vu de France, c’est le bout du monde. Une destination lointaine et méconnue où nous n’aurions pas eu l’idée d’aller si l’auteure de ce blog –si, si, c’est bien notre fille ! – n’y vivait depuis septembre 2015. Alors voici quelques réflexions pour ceux qui allaient en Afghanistan à la fin des années 70 – si si, je vous jure, on y allait couramment, Grand-père, tu mens ! même pas. En route…

Routard a vieilli depuis la fin des seventies, mais pour autant comme les Pokemon, il a subi des évolutions : finies les interminables nuits et jours debout dans le corridor du wagon pour rejoindre la Grèce via le sud de l’Italie ; finies les nuits consécutives à somnoler dans des gares du temps socialiste ce qui nous faisait dire que désormais à l’hôtel on ne prendrait plus de chambre mais un simple fauteuil ; finies encore les journées en stop sous la pluie qui glace… Mais voilà, si  Routard a perdu quelques cheveux, pris quelques cm de tour de taille et garni son compte en banque depuis ces années-là, ses nombreuses heures de vol n’ont pas altéré ses facultés d’adaptation de sorte qu’il a achevé sa mutation pour devenir… Vieux Routard 2.0 à la découverte du Japon.

SAM_3455
Vieux routard à Magome-juku sur la Nakasendo

Le routard étant par essence pingre, il a passé quelques temps sur Hyperdia à noter les prix des trains pour voir si le JRPass était avantageux, ceci après avoir skypé avec Obaasan (dite Petite Routarde 1.0.0), sa fille de Nagoya. Mal lui en a pris, badluck, mauvais calculs : quand on regarde les prix sur Hyperdia, il faut surtout pas – comme l’auteur de ces lignes – s’arrêter à celui qui est le plus en évidence, mais  regarder un peu plus haut sur la première ligne du trajet proposé qui comprend le prix d’un siège dans les Shinkansen et autres express : ça augmente le prix de base jusqu’à le doubler et plus !

Puisqu’on en est au Shinkansen, deux ou trois choses à savoir :

Le français va y transposer son expérience du TGV. Erreur car à part la vitesse, il n’y a rien de commun. Par exemple, le confort de la deuxième classe est impressionnant et, personnellement, je le trouve surdimensionné au gabarit du japonais, sachez que même si vous atteignez le double mètre, vos jambes seront à l’aise. Tout ça pour dire qu’il est parfaitement inutile de se faire vendre un JRPass première classe comme on vous y invite sur le site.

Autre chose, la réservation n’est pas nécessaire et même si elle est possible et si on vous la propose au guichet, elle me paraît tout à fait inutile voire source de complication. Car il faut savoir que le « Shin » est un super métro intercities pour la fréquence des passages. Si vous en manquez un, vous prendrez le suivant en attendant sur le même quai car au Japon, chaque quai est dédié à une destination. Repérez juste les voitures sans réservation qui sont indiquées sur les panneaux lumineux.

Bien, toutes ces infos sont peut-être utiles, mais je m’égare. Au départ, je voulais juste expliquer que l’absence de JRPass était à l’origine de ma mutation en Vieux Routard 2.0. Voici les différents aspects de la mutation ou de l’upgradement.

Première étape, revenir de Kyoto à Nagoya par le train local (pour les malcomprenants, celui où on ne paie que le tarif de base cf § précédents). Comme le préposé nippon et même le Nippon tout court n’est pas versé dans la langue de Shakespeare, Vieux Routard a la bonne idée de copier l’horaire Hyperdia sur sa tablette et de le montrer au guichet et voilà notre cheminot local qui se fend d’un haï (comprenez oui) de soulagement. Petite digression : le Japonais est extrêmement courtois et serviable mais rien ne le met plus mal à l’aise que de ne pas savoir. Si vous demandez votre chemin dans la rue et que votre interlocuteur prend un air pensif signe d’une réflexion intense, c’est simplement qu’il n’a pas la moindre idée  de la réponse mais qu’il a honte de l’avouer. Alors, soyez compréhensif, dites-lui un grand aligato (merci) avec le sourire pour mettre fin à son supplice et reprenez votre route.

SAM_4272
A Miyajima

Deuxième étape, la gestion du trajet et des hébergements au fil du voyage. Comme le Wi-Fi est largement répandu et que sur Booking.com les annulations au Japon sont souvent gratuites tardivement (cad à J-2) Vieux Routard ne se prive pas de modifier ses réservations en fonctions de son humeur aussi changeante que la météo de Kyushu en février.

SAM_3577
A Kagoshima

Troisième étape qui marque le retour aux fondamentaux : le recours à l’autocar intercities. Tout part d’une guesthouse à Kagoshima (Green Guesthouse, allez-y, c’est vraiment sympa !) où est affichée une pub pour un bus jusqu’à Nagasaki, notre prochaine étape à un tarif plus qu’avantageux même par rapport au train local qui de toute façon est vraiment impraticable sur les longues distances – révision pour les étourdis : quelle est la première caractéristique du routard, quelle que soit sa version ? – Et nous voilà donc nous prélassant dans de moelleux sièges pullman pendant quatre heures : imaginez un bus avec trois larges sièges par rang, tous individuels, séparés par deux allées, inclinables avec repose-jambes réglables. Pour être honnêtes, nous ne retrouverons pas ce luxe dans les autres bus que nous prendrons par la suite qui seront simplement confortables aux standards européens sans plus.

SAM_4005
A Nagasaki

Vieux Routard 2.0 vous engage donc à tenter l’expérience autobus ce qui vous permettra en plus de tester vos capacités de survie en terre inconnue, car ce n’est pas facile de trouver la gare routière et après la bonne ligne, mais si vous le faites, vous aurez définitivement gagné votre ceinture noire de routard 2.0 ! Vous pourrez même y passer une nuit (d’hôtel en moins) comme on a fait de Tokyo à Nagoya. Voir ce site pour réserver qui vous montre même les sièges sur lesquels vous essaierez de dormir.

Dans les ruelles d'Osaka
Dans les ruelles d’Osaka

Maintenant, quelques infos en vrac :

Payer ?

Bien sûr, il est fini le temps des traveller’s chèques qu’on n’arrivait pas à changer dans des endroits perdus. Mais au Japon, au lieu de chercher en vain la First National City Bank, vous aurez bientôt le réflexe de localiser les bureaux de poste et les combini Seven-Eleven qui sont à peu près les seuls endroits qui disposent de distributeurs de billets acceptant les cartes étrangères, car il faut toujours se balader avec des liasses de yen en poche, le paiement par carte étant l’exception (même pour les hébergements, il faut parfois payer en cash). Aussi, vérifiez votre plafond journalier de retrait et  parlez-en à votre banque avant de partir, ça vous évitera de voir votre carte bloquée pour cause d’opérations répétées, lointaines et donc suspectes…

Prendre les transports urbains ?

Ça ne pose pas trop de problème. Pour le métro, dans chaque station, il y a un plan du réseau, et sous le nom de chaque arrêt, le prix à payer en pièces au distributeur automatique. Dans les bus généralement, on paie en sortant, il y a un distributeur de monnaie à côté du chauffeur.

Le Français pourra trouver le système un peu compliqué d’autant que les différents moyens de transport peuvent être gérés par des entreprises distinctes, comme à Kyoto pour le bus et le métro et à Tokyo où il a deux compagnies, avec des tickets propres à chacune.

Dans tous les cas, le mieux est de prendre un ticket journalier vite amorti (entre 500 et 800 yen).

Dormir ?

L’hébergement n’est pas plus cher qu’en France, même si les standards sont différents : beaucoup de chambres sans salle de bain, dortoirs, capsules. On a eu une très bonne impression des guesthouses où on a dormi et pas seulement pour le sentiment de revival des seventies : ambiance et english speaking personnel sympas, plein d’idées et de documentation sur les choses à faire et à voir, ça change de l’accueil très froidement professionnel des hôtels plus classiques. Ah oui, j’oubliais, Vieux Routard 2.0 a eu le plus grand mal à gérer les inévitables changements de chaussons/chaussures entre les parties communes, la chambre, les chiottes et s’est plus d’une fois retrouvé là où il ne devait pas être avec des chaussures inappropriées. Tâchez de faire mieux que lui.

Mais finalement, la plus grosse épreuve qu’on a connue en trois semaines, c’est de trouver l’hôtel. Il faut savoir qu’au Japon, les adresses sont un peu folkloriques du genre district, quartier, pâté de maisons…mais bon même sans ça, on aurait découvert ce que ça veut dire d’être illettré, sourd et muet. Je n’ai pas de trouvé de solution miracle avec mon GPS Navfree qui est habituellement très bien et gratuit (cad sans connexion téléphone) mais qui a la mauvaise idée de me montrer des cartes écrites en Japonais, pas facile non plus pour la même raison avec ma copie d’écran Google maps. ll ne reste en fait qu’une solution : interpeler un quidam avec la réservation Booking en main. Il sortira son GPS et vous guidera jusqu’à destination, car on ne dira jamais assez combien le Japonais est serviable.

Manger ?

Partout, à tout moment, à petits prix, car le Japonais semble attacher une grande importance à la bouffe – d’ailleurs, si vous mettez en route la télé, vous n’attendrez pas longtemps avant de tomber sur une émission qui lui est consacrée. Sauf si vous avez un appétit pantagruélique ou êtes frappé d’une boulimie maladive, prenez le plat le plus petit lorsqu’il est proposé en plusieurs tailles.

Fumer ?

Le Japon laissera une impression mitigée au fumeur. Celui-ci pourra assouvir son vice au restaurant, voire dans sa chambre éventuellement, mais pas dans la rue ! Car en ville, celles-ci sont non-fumeurs et le routard intoxiqué prendra vite l’habitude de guetter le combini devant lequel se trouve un cendrier où il pourra échanger un regard empreint de solidarité avec ses homologues et même – qui sait – avoir une petite conversation avec eux. Vous pourrez donc faire d’une pierre – à briquet ! – deux coups si ledit combini est un Seven-Eleven –que les étourdis remontent quelques paragraphes plus haut.

Les tramways à Nagasaki

Pour terminer…

Jamais je n’aurai eu l’idée d’aller au Japon : dans mon esprit, c’était trop moderne, trop peuplé, trop organisé, trop froid… Après avoir marché dans la neige sur une vieille route postale, après être tombé nez à nez avec un ours, après avoir contemplé les temples de Kyoto et leurs jardins, après avoir fait le tour d’un volcan – qui malheureusement était entré en éruption quinze jours avant notre arrivée –, après avoir visité l’île sacrée de Miyajima et l’île fantôme de Gunkanjima, après avoir déambulé dans le vieux marché d’Osaka –un endroit d’un autre âge où Angelo vous emmènera– à quelques centaines de mètres des lampions de Dotonbori, etc, etc… Je me dis que je suis tout prêt à y retourner…

Vieux routard 2.0

DSCN8439_255 (1)

0 Comments
Previous Post
Next Post